CARIAUX Pierre

De Encyclopédie : Brigades Internationales,volontaires français et immigrés en Espagne (1936-1939)
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Pierre Cariaux, fils de Jean Baptiste Cariaux et de Maria Natan, est né le 25 mars 1916, rue Farges à Eymoutiers (Haute-Vienne).

L’Espagne

Arrivé en Espagne le 19 décembre 1936, il est affecté à la 39e Brigade, 3e Bataillon, 2e Compagnie (milices confédérales).

Pierre Cariaux est mort, le 8 mars 1937, lors des combats de la Casa de Campo.

Son nom figure sur la liste « In Memoriam », « Honneur à la mémoire de nos héros », éditée par l’AVER (Epopée d'Espagne, page 187).

Le 9 mars 1937, à Casa de Campo, Saïd Medami, un de ses camarades de combats, écrit une lettre à sa mère reproduite in-extenso :

Chère Madame,

Il y a bientôt trois mois que j’ai fait la connaissance de Pierrot et depuis on marchait main dans la main comme deux frères, liés d‘une amitié que rien n’a pu rompre : ajoute que le destin a favorisé notre amitié en nous réunissant dans une même compagnie, et enfin et toujours nous avons mangé dans une même assiette et d’une même cuillère, enfin dans tout le bataillon il n’existait qu’un seul couple de deux véritables amis et c’était nous… Les jours ont passé et notre amitié devenait de plus en plus forte, on a échangé nos adresses pour écrire à la famille en cas que l’un de nous tombe d’une balle ennemie. Madame, je vous en supplie de ne pas en vouloir à Pierrot d’être venu ici et surtout de lui pardonner car il le mérite c’est un brave garçon – ici tout le monde l’admire depuis une attaque qu’on a fait il y a 15 jours, car Pierrot, seul avec un autre lieutenant a fait face à l’ennemie avec des grenades en se détachant du bataillon pour aller en avant – chose bizarre mille coups sifflaient à la minute et Pierrot n’a pas été touché quand au lieutenant il a était percé de part en part et est tombé dans les bras de votre fils en criant : « vive la FAI » après avoir ramené le lieutenant vers les nôtres il s’est élancé à nouveau, et a franchi le mur des fascistes est allé se jeter dans le piège ; de notre coté tout le monde le croyait perdu, mais qu’elle a été notre surprise lorsque on le voit revenir avec des bombes qu’il a pris au fascistes et toujours souriant, nous sommes revenus tous les Français sains et saufs. C’est la loi du Destin et nul ne peut passer outre…

Madame, je crois qu’il est temps que vous sachiez, mais je vous en supplie soyez forte car la mort est notre antique on vient d’elle et on retourne à elle. Votre Pierrot est tombé, hier le 8 mars d’une balle fasciste qui l’a touché au front, mais croyez moi Madame que j’ai pleuré comme si c’était mon frère que ma douleur à l’heure actuelle est tellement cuisante que rien ne peut la guérir. Avant de vous dire dans quelles circonstances il est tombé, laissez moi, Madame, vous envoyez mes profondes condoléances et tous ceux dont les noms suivent et qui sont des véritables camarades et tous les français ci joint à moi très particulièrement 5 espagnols 1°Gabriel, 2°Carmélio 3°Antonio 4° Séraphino et 5° Angel, qui vous prie de croire à leur douleur.

Madame votre fils n’est pas mort en combattant, mais au repos, et d’une balle perdue, en allant faire une promenade avec un sergent, une balle perdue a fait trois victimes dont deux morts. Madame, j’ai voulu me charger de ses papiers pour vous les envoyer mais le capitaine me les a réclamé car c’est le règlement et c’est l’Etat Major qui doit vous les faire parvenir. Vous trouverez également une bague qui appartient à une jeune fille espagnole qu’il aimait et auquelle il avait donné la sienne.

Donc, madame si, d’ici 15 ou 20 jours, au plus tard 1 mois, vous n’avez pas reçu ces papiers, veuillez je vous en prie me prévenir avec un mot pour les chercher. Ci-dessous mon adresse. Adieu Madame soyez forte et courageuse, et surtout soyez certaine que vous n’êtes pas la seule qui pleurera Pierrot ; qu’il y a ici en Espagne un frère de cœur qui s’occupera de sa tombe qui se fera à Madrid et qui lui laissera un Ceritan en souvenir, si toutefois je ne tombe pas avant ; car la mort ne chôme pas. Adieu Madame, recevez mes sincères salutations, et tous mes amis joints à moi.

Sources

AVER (MRN carton 3 ARE 118) et (Epopée d’Espagne, Paris 1956)